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Permettre au photovoltaïque de se développer, c’est l’affaire de tous

flexibilité

Le photovoltaïque est l’un des principaux piliers de la transition énergétique en Suisse. Cette forme d’énergie présente de nombreux avantages parmi lesquels figurent évidemment son caractère renouvelable, mais également un coût de revient très compétitif et une acceptation populaire généralement élevée.

Néanmoins, cette forme d’énergie présente des caractéristiques bien particulières qui soulèvent des questions en ce qui concerne son intégration dans le système énergétique. La flexibilité, de la production et de la consommation, est l’un des éléments de réponse.

L'essentiel en 3 points :

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En raison de son intermittence, intégrer la production photovoltaïque dans le système énergétique, aussi bien pour ce qui concerne les flux d’énergie dans les réseaux que pour sa valorisation sur le marché de l’énergie, est un défi de taille pour les distributeurs et fournisseurs d’énergie.

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La flexibilité constitue une excellente réponse à ce défi. Celle-ci peut prendre de nombreuses formes différentes et concerner aussi bien les consommateurs, les producteurs que les distributeurs ou même encore les Communes.

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Seul un effort commun de toutes ces parties prenantes, activement accompagné par les entreprises énergétiques, permettra une intégration optimale de la production photovoltaïque et assurera le succès de la transition énergétique.

L’intermittence : le principal défi pour l’intégration du solaire dans le système énergétique

Les avantages mentionnés en introduction, ainsi que les mesures d’encouragement mises en place ces dernières années, expliquent le fort développement du photovoltaïque ces dernières années. Selon les chiffres de Swissolar, il y a dix ans, durant l’année 2016, seuls 264 MW avaient été installés. Cinq ans plus tard, en 2021, ce chiffre avait presque triplé pour passer à 705 MW. En 2024, la puissance installée en douze mois a atteint 1’810 MW, soit près de l’équivalent des quatre centrales de l’aménagement de la Grande Dixence (2’000 MW).

Mais comparer le solaire à d’autres sources renouvelables sur la seule base de la puissance installée présente des limites. Car la production photovoltaïque présente des caractéristiques techniques propres.

En effet, la production photovoltaïque présente non seulement une forte composante saisonnière en se concentrant durant le printemps et l’été, mais également une grande variabilité journalière. De plus, là où les régimes hydriques des différents bassins versants peuvent différer et présenter une certaine inertie, le photovoltaïque se caractérise par un très faible foisonnement. Ce constat est particulièrement vrai à l’échelle locale et régionale : lorsque le soleil brille sur une commune ou un canton, toutes les installations solaires sur ce territoire produisent en même temps.

Et si la production peut être anticipée avec une bonne précision lors des belles journées d’été, des variations rapides et difficiles à prévoir peuvent se produire par temps changeant. Cette intermittence de la production photovoltaïque, à la fois à l’échelle des saisons, des jours ou même des heures, pose de nombreux défis pour son intégration dans le système énergétique suisse.

Ligne HT

Certaines infrastructures ont notamment été conçues et dimensionnées il y a plus de 40 ans, une époque à laquelle l’essor actuel du photovoltaïque ne pouvait être imaginé et encore moins pris en compte. Et bien que des travaux de renforcement soient envisageables, leurs impacts financiers seraient disproportionnés au regard des quelques heures par an durant lesquelles ils permettraient de résorber les saturations.

Mais les défis pour le réseau ne se limitent pas à la gestion des saturations. En effet, le réseau électrique est une gigantesque machine qui doit être maintenue à l’équilibre en permanence. La quantité d’énergie qui y est injectée chaque instant doit être identique à celle qui en est soutirée. Le maintien de cet équilibre, assuré par ce que l’on appelle les « services systèmes », se retrouve compliqué par l’intermittence et le caractère parfois imprévisible de la production photovoltaïque.

Et les marchés de l’énergie ne sont pas épargnés par l’essor du photovoltaïque. Là où hier encore ils pouvaient s’appuyer sur des prévisions précises et une stabilité de la consommation et de la production, ils doivent aujourd’hui faire face aujourd’hui à des incertitudes croissantes et des prix de plus en plus volatiles, même à court terme.

Si ces défis que pose l’intermittence de la production photovoltaïque paraissaient lointains il y a quelques années seulement, lorsque la production photovoltaïque était marginale, ils ne peuvent aujourd'hui plus être ignorés. Ce constat, partagé aussi bien par les acteurs de la branche que par le législateur, a conduit à la formalisation et à l’intégration explicite dans le nouveau cadre réglementaire d’un concept qui en était jusqu’ici absent : la flexibilité.

Une solution : la flexibilité

Dans le contexte de la transition énergétique, la flexibilité consiste à modifier des flux d’énergie, production comme consommation, afin de s’adapter à une situation problématique et d’y apporter ainsi une solution. Ces adaptations peuvent être réparties en deux grandes familles, selon qu’elles impliquent ou non une décision et une intervention humaines.

Dans ce dernier cas, on parlera de flexibilité comportementale. L’adaptation des moments de consommation durant les périodes d’heures creuses, lorsque les prix de l’électricité sont les plus bas, en est probablement l’exemple le plus représentatif.

Cette flexibilité comportementale s’oppose à une flexibilité que l’on peut qualifier de « technique », correspondant aux situations dans lesquelles les flux d’énergie sont adaptés de manière automatique, de la détection de la situation problématique jusqu’à l’activation de la solution.

Pour les producteurs

Ce type de flexibilité est déjà exploité par plusieurs distributeurs, dont Romande Energie, afin de réduire les pointes d’injection dans le réseau et par conséquent les besoins de renforcement. Ainsi, depuis le 1er janvier 2026, il est possible pour les gestionnaires de réseau d’édicter certaines règles supplémentaires quant à l’exploitation des installations photovoltaïques. L’ajustement de l’injection dans le réseau de manière à ce qu’elle ne dépasse pas 70 % de la puissance nominale de l’installation solaire fait partie de ces nouvelles conditions d’exploitation.

Cet ajustement ne requiert qu’un effort minimal pour le producteur, à la fois en termes de temps et d’argent. En effet, cette limitation peut être entièrement automatisée et ne requiert donc aucune intervention de sa part. De plus, le manque à gagner financier est également très limité puisque cette limitation de puissance n’entraîne qu’une réduction de la réinsertion d’énergie ne dépassant pas 3 % de l’énergie produite, soit moins d’une trentaine de francs pour une installation domestique d’une puissance de 10 kWc.

Mais les producteurs ont également la possibilité de consommer eux-mêmes l’énergie qu’ils produisent. Celle-ci peut par exemple être automatiquement redirigée vers une batterie lorsque la production dépasse la demande. L’énergie stockée est ensuite restituée, également entièrement automatiquement, lorsque la situation s’inverse, en fin d’après-midi. En maximisant l’autoconsommation, un tel système peut s’avérer d’autant plus intéressant financièrement qu’il permet de remplacer le soutirage durant les heures pleines de fin de journée par la production propre des panneaux photovoltaïques.

Mais les options à disposition des producteurs ne se limitent pas aux solutions techniques telles que les batteries individuelles. Les producteurs peuvent également volontairement adapter leur consommation pour que celle-ci coïncide autant que possible avec leur production. Charger un véhicule électrique, utiliser les appareils électroménagers ou encore enclencher des chauffes-eau lorsque le soleil brille au plus fort sont autant de mesures de flexibilité comportementale permettant à la fois d’alléger les factures d’électricité et de faciliter l’intégration du photovoltaïque dans le système énergétique.

Finalement, les producteurs peuvent également faire appel à la flexibilité comportementale des consommateurs se situant à proximité en partageant avec eux leur énergie excédentaire. Les regroupements pour la consommation propre (RCP), les communautés d’autoconsommation (CA) ou les communautés électriques locales (CEL) sont autant d’instruments favorisant la consommation durant les heures de production.

Pour les consommateurs

En effet, tous ces mécanismes de partage d’énergie renouvelable fonctionnent sur le même principe : une réduction du tarif de distribution, sorte de « frais de port », de l’électricité. Les consommateurs participant à l’une ou l’autre de ces formes de regroupement peuvent ainsi s’approvisionner en énergie à moindre coût lors des périodes de production excédentaire. En adaptant leur comportement et leurs habitudes de consommation pour que celles-ci coïncident avec les moments de production solaire, ils contribuent à absorber localement les excédents de production et à soulager les infrastructures sur les niveaux supérieurs du réseau.

Panneaux solaires

Dans ce contexte de l’autoconsommation collective, les Communes peuvent avoir un rôle prépondérant à jouer. Elles disposent souvent de bâtiments présentant des grandes toitures mais des consommations relativement faibles (écoles, salles de sport, hangars techniques). Équiper ces toitures d’installations de production d’énergie non pas pour leurs propres usages mais pour celui de leurs citoyens, qui peuvent y accéder à travers des communautés électriques locales, est un excellent moyen pour les Communes de participer activement au développement des énergies renouvelables.

Disposer d’énergie à prix réduit lors des périodes de production photovoltaïque ne nécessite pas impérativement de participer à une forme ou à une autre d’autoconsommation collective. De très nombreux distributeurs proposent en effet des tarifs dits « doubles », intégrant des heures pleines, lors desquelles l’énergie est plus chère, et des heures creuses, caractérisées par des prix réduits. Ainsi, Romande Energie teste actuellement une solution visant à maximiser activement la consommation au moment où l’énergie est la moins chère.

Historiquement, les heures creuses correspondaient aux heures de nuit, durant lesquelles la consommation était significativement moindre. Néanmoins, le déploiement massif du photovoltaïque, impactant aussi bien les marchés de l’énergie que les infrastructures du réseau de distribution, a poussé nombre de gestionnaires à redéfinir leurs grilles horaires et à considérer désormais les heures de production solaire comme des heures creuses.

En plus de ces variations journalières, Romande Energie a même introduit des variations saisonnières pour les plus gros consommateurs, raccordés directement en moyenne tension. L’objectif de prix estivaux réduits est également d’influencer les habitudes de consommation de ces clients afin de les concentrer autant que possible sur les périodes de forte production et d’absorber ainsi une part toujours plus importante d’énergie photovoltaïque.

Et les distributeurs dans tout ça ?

Les leviers du succès de l’intégration du photovoltaïque en particulier, et de la transition énergétique en général, ne sont pas exclusivement dans les mains des entreprises et des particuliers, qu’ils soient producteurs ou consommateurs. Les gestionnaires de réseau tels que Romande Energie ont également un grand rôle à jouer.

L’effort nécessaire à l’adaptation des habitudes de consommation ou à l’installation de solutions techniques automatisées pour répondre à l’intermittence de la production n’est pas à sous-estimer. Dans ce contexte, les distributeurs endossent avant tout un rôle d’accompagnement et de facilitation de l’exploitation de la flexibilité.

La flexibilité comportementale, comme la flexibilité technique, s’appuie sur de grands volumes de données issues de la mesure des consommations et des productions. Ces données permettent de déterminer les prix de l’énergie sur le marché, l’état de charge des infrastructures ou encore la détermination des heures pleines et creuses, soit autant d’éléments intervenant dans les processus d’utilisation et de valorisation de la flexibilité. Mais les distributeurs ont également pour mission d’assurer la qualité et la diffusion de ces données au-delà de leurs propres activités.

En donnant à chaque client équipé d’un compteur intelligent l’accès à ses données, de consommation ou de production, avec une résolution de quinze minutes, les distributeurs lui permettent d’adapter sa consommation selon sa situation spécifique et de suivre avec précision les résultats obtenus. De plus, ces données sont également au cœur des mécanismes de partage local de l’énergie. Sans leur mise à disposition, ces solutions, également proposées par certaines entreprises électriques, ne pourraient tout simplement pas fonctionner.

Le rôle d’accompagnement des distributeurs se concrétise également au travers d’actions telles que la publication d’articles comme celui-ci. En effet, la transition énergétique en général et la flexibilité en particulier sont des sujets pouvant se révéler complexes. Par l’explication des enjeux, des défis et des mécanismes, les distributeurs permettent à l’ensemble de leurs clients de mieux comprendre ces sujets passionnants et de prendre des décisions en faveur de la transition énergétique sur la base d’informations factuelles et documentées.

Dans ce même rôle, les distributeurs peuvent également accompagner leurs clients dans la mise en place de solutions techniques. Romande Energie propose ainsi à ses clients industriels une solution  assurant automatiquement l’enclenchement d’applications thermiques lors des périodes de production excédentaires, permet à la fois de soulager le réseau et de réduire les factures d’énergie, et ceci tout en assurant une production renouvelable de chaleur. Cette solution a récemment été mise en œuvre avec succès dans un contexte industriel particulièrement exigeant.

Réussir la transition énergétique : une responsabilité partagée

La transition énergétique ne peut se résumer au simple remplacement de sources fossiles par des énergies renouvelables.  En raison des caractéristiques techniques très différentes de ces dernières, la transition énergétique se rapproche bien plus d’un changement de paradigme complet, dont le succès nécessitera la participation de tous les acteurs.

Les distributeurs jouent un rôle central dans ce contexte. En accompagnant leurs clients et en facilitant la valorisation de leur flexibilité, au même titre que les Communes, ils permettent également aux producteurs et aux consommateurs de prendre pleinement part à l’intégration du photovoltaïque et des autres énergies renouvelables dans le système énergétique suisse.

Car si la flexibilité de la production et de la consommation peut paraître contraignante en première approche, aussi bien par la modification des habitudes que par le cadre réglementaire strict qui l’entoure, elle reste un moyen particulièrement efficace de contribuer à un approvisionnement énergétique à la fois renouvelable, économique et souverain.


En tant que source d'information, le blog de Romande Energie offre une diversité d'opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l'entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

Christian Rod
Rédigé par Christian Rod · Expert indépendant

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