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Mon entreprise est-elle prête pour la flexibilité énergétique ?

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Produire, stocker ou consommer quelques minutes plus tôt ou plus tard : cette marge de manœuvre peut alléger la facture d’une entreprise, mieux valoriser son énergie solaire et contribuer à l’équilibre du réseau. Encore faut-il bénéficier des bons équipements et savoir les piloter sans gêner l’activité.

L'essentiel en 3 points :

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La flexibilité énergétique consiste à augmenter, diminuer ou décaler une consommation, une production ou un stockage d’énergie sans compromettre les besoins d’une entreprise.

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Elle peut accroître l’autoconsommation, limiter les pointes de puissance, tirer parti des périodes avantageuses et, dans certains cas, créer un revenu complémentaire.

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Pour commencer, une entreprise doit analyser ses données de consommation, inventorier ses équipements pilotables et leurs contraintes, puis tester un premier usage avec un partenaire spécialisé.

Un entrepôt frigorifique ne doit pas nécessairement produire du froid avec une puissance identique à chaque minute. Une flotte de véhicules électriques doit être prête à l’heure du départ, mais toutes les voitures n’ont pas besoin de se recharger dès leur branchement. Une batterie peut patienter avant de se recharger ou de restituer son énergie plus tard. Quant à une pompe à chaleur, elle peut parfois anticiper légèrement son fonctionnement sans modifier le confort des occupants.

Dans chacun de ces exemples se cache une marge de manœuvre. Utilisée au bon moment, elle devient ce que l’on appelle la flexibilité énergétique. « La flexibilité, c’est la capacité à arrêter ou à démarrer une consommation ou une production sur demande, ou à la déplacer dans le temps », résume Patrick Biro, ingénieur et expert en innovation énergétique chez Romande Energie. Le principe vaut aussi pour le stockage : charger, attendre ou décharger selon les besoins du site et les signaux reçus.

Mettre le bon kilowattheure au bon moment

La flexibilité ne signifie donc pas forcément consommer moins. Elle consiste d’abord à consommer ou à produire autrement dans le temps. L’efficacité énergétique réduit durablement la quantité d’énergie nécessaire ; la flexibilité, elle, agit sur le moment et parfois sur la puissance. Les deux démarches étant complémentaires.

Pour les acteurs industriels, cette nuance devient stratégique à mesure que la production photovoltaïque progresse. Une forte production solaire concentrée autour de midi peut faire baisser les prix de marché, parfois jusqu’en territoire négatif. À d’autres heures, la demande est forte alors que le solaire faiblit. Déplacer certaines consommations vers les périodes d’abondance, stocker un surplus ou réduire temporairement une injection permet ainsi de mieux faire coïncider l’offre et la demande. Pour une entreprise, cette adaptation peut déjà générer des effets très concrets sur site.

Dans les faits, la dynamique du développement en matière de systèmes de stockage  en Suisse tend d’ailleurs clairement vers un rôle de plus en plus significatif joué par les acteurs industriels. L’OFEN indique par exemple dans ses publications qu’entre 2024 et 2025 la croissance des systèmes de stockage est de 72% sur les sites industriels. Une tendance qui souligne par ailleurs la complémentarité croissante entre GRDs et entreprises dans le développement d’un nouveau paradigme énergétique dynamique et flexible.

Première logique : optimiser derrière le compteur

La flexibilité dite « derrière le compteur » se joue du côté de l’entreprise. Objectif : optimiser les flux internes avant l’échange avec le réseau. Une société équipée de panneaux photovoltaïques peut, par exemple, programmer la recharge de ses véhicules pendant les heures ensoleillées plutôt que le soir. Elle peut aussi stocker le surplus de midi dans une batterie, puis l’utiliser lors d’un fort besoin de consommation en fin de journée.

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« Derrière le compteur, le cas le plus connu consiste à optimiser l’autoconsommation. On charge et on décharge les batteries aux moments clés et l’on déplace les usages vers les périodes les plus intéressantes », explique Patrick Biro. Le pilotage peut également tenir compte d’un tarif variable selon l’heure : les consommations qui le permettent sont alors déplacées vers les plages les plus avantageuses, tandis que la batterie évite des achats lorsque l’électricité est plus chère. Un projet pilote de tarification dynamique mené par Romande Energie explore précisément ce type de mécanisme.

Mais concrètement, comment cela bénéficie à une entreprise ? Les gains peuvent prendre plusieurs formes : acheter moins d’énergie au réseau, augmenter la part de solaire consommée sur place, réduire un pic de puissance ou encore éviter de devoir surdimensionner certains équipements. Par exemple, une chambre froide peut être légèrement prérefroidie avant une période tendue ; un compresseur peut remplir son réservoir d’air lorsque les conditions sont favorables ; une installation de traitement de l’eau peut décaler un pompage, dans la limite de ses capacités de stockage. Dans tous les cas, le processus industriel reste prioritaire. La flexibilité exploite les marges disponibles, elle ne doit ni altérer la qualité, ni retarder une livraison, ni dégrader le confort ou la sécurité.

Deuxième logique : valoriser une installation énergétique auprès des agrégateurs de flexibilité

L’autre approche, dite « devant le compteur », consiste à valoriser la flexibilité. Autrement dit, mettre un actif énergétique flexible (e.g. batterie, onduleur photovoltaïque, véhicule électrique) à disposition d’un acteur tiers. Une batterie ou encore une installation photovoltaïque pilotable peuvent alors être mobilisées pour répondre à un besoin du marché ou du réseau électrique local ou national. L’entreprise ne mène généralement pas seule cette opération. Elle doit en effet faire appel à un agrégateur, qui peut être un GRD ou une entreprise spécialisée, dont le rôle consiste à rassembler plusieurs installations dans un portefeuille pour les piloter selon des règles convenues et commercialiser leurs capacités de flexibilité.

Pour une entreprise qui débute, la première étape consiste généralement à faire évaluer son potentiel de flexibilité. Selon les équipements en place et les objectifs visés, elle pourra ensuite être orientée vers une solution de pilotage, un agrégateur ou un autre mécanisme de valorisation. 

Lorsqu'une valorisation sur les marchés de la flexibilité est envisagée, cette logique de regroupement est essentielle puisqu’une PME prise isolément n’atteint pas toujours les volumes, la disponibilité ou la rapidité exigés par les marchés. La rémunération est ensuite répartie selon le contrat entre le prestataire et les entreprises participantes.

« Dans cette seconde logique, l’entreprise met sa flexibilité à disposition de ceux qui en ont besoin. Un agrégateur peut gérer sa batterie, l’intégrer à un portefeuille et valoriser cette capacité, par exemple sur les marchés de Swissgrid. Une partie du gain revient au prestataire et l’autre à l’entreprise », détaille Patrick Biro. Romande Energie étudie aussi le développement de ce type de prestations. Pour l’entreprise, cette approche doit permette d'accélérer l’amortissement d’un investissement énergétique via les revenus générés. 

Des panneaux solaires aux procédés industriels

Pour profiter de ces approches, une entreprise doit d’abord identifier son profil et ses équipements. « Il faut disposer d’actifs flexibles : une installation photovoltaïque, une batterie, une flotte de véhicules électriques ou une pompe à chaleur, par exemple. On peut commencer avec des réglages de plages horaires assez simples (e.g. faire fonctionner sa pompe à chaleur lorsque l’on produit de l’électricité solaire), puis aller vers un pilotage plus automatisé et dynamique», souligne Patrick Biro.

Prenons l'exemple d'un entrepôt frigorifique : lorsque sa production solaire est abondante ou que les prix de l'électricité sont favorables, il peut produire davantage de froid et « stocker » cette énergie sous forme de réserve thermique. Il peut ensuite réduire temporairement la sollicitation de ses installations frigorifiques, sans impact sur son activité ni sur la qualité de conservation des produits.

Les activités industrielles disposent souvent d’autres leviers : production de froid ou de chaleur, ventilation, air comprimé, fours, pompes, traitement de l’eau ou étapes de fabrication pouvant être organisées dans une fenêtre horaire. Le meilleur actif n’est pas nécessairement le plus puissant. C’est celui dont le fonctionnement peut être modifié de manière répétable, mesurable et fiable, avec une contrainte opérationnelle bien définie.

Une consommation annuelle supérieure à 100’000 kWh constitue un indicateur intéressant à examiner, mais pas un ticket d’entrée obligatoire. Une PME moins énergivore, équipée d’une centrale solaire, d’une batterie ou de bornes de recharge peut présenter un potentiel pertinent. À l’inverse, une grande consommation entièrement incompressible et impossible à décaler offre peu de flexibilité. La courbe de charge et les contraintes métiers en disent donc davantage que la seule consommation annuelle. 

Checklist : mon entreprise est-elle prête ?

Avant de parler technologie ou rémunération, huit questions permettent de cadrer le potentiel de flexibilité d’une entreprise :

  • Sommes-nous propriétaires ou locataires du site, et qui peut autoriser la modification ou le pilotage des installations ?
  • Quelle est notre consommation annuelle et disposons-nous d’au moins douze mois de données, idéalement par périodes de quinze minutes ?
  • Pour les PME ayant des prix avec pics de puissance, quand apparaissent nos pointes de puissance et quelles activités les provoquent ?
  • Avons-nous une installation photovoltaïque, et à quels moments produisons-nous un surplus ou injectons-nous sur le réseau ?
  • Disposons-nous d’une batterie, d’un potentiel stockage thermique (e.g. réservoir d’eau ou autre fluide chaud), d’une flotte électrique ou de bornes de recharge ?
  • Quels équipements peuvent être avancés, retardés, ralentis ou arrêtés, pendant combien de temps et avec quel délai de réaction ?
  • Quelles limites sont non négociables : température, qualité, confort, horaires de départ, cadence, sécurité ou garantie des équipements ?
  • Avons-nous déjà un compteur intelligent, un système de gestion de l’énergie ou des interfaces permettant de mesurer et de commander les actifs ?

Les entreprises intéressées à aller plus loin peuvent contacter Romande Energie afin d’évaluer les possibilités adaptées à leur situation.  

Autant de réponses à fournir qui serviront à établir un profil de référence : ce que le site aurait consommé ou produit sans activation. Elles permettent ensuite de caractériser la flexibilité en puissance disponible, en quantité d’énergie, en durée, en vitesse de réaction et en fréquence d’utilisation. 

Mesurer, tester, puis automatiser

Le bon point de départ n’est pas nécessairement un investissement lourd. Il peut s’agir de programmer intelligemment la recharge d’une flotte, d’adapter les consignes d’une pompe à chaleur ou de coordonner une batterie existante avec la production solaire. Un essai sur un seul usage permet déjà de mesurer les économies, de vérifier l’impact opérationnel et de familiariser les équipes avec le pilotage.

L’automatisation par un système de gestion de l’énergie vient dans un deuxième temps. Celui-ci croise les données du compteur, la production photovoltaïque, l’état de charge d’une batterie, les besoins des véhicules, les prévisions météorologiques et, le cas échéant, les signaux tarifaires. Mais l’algorithme ne décide pas de tout : l’entreprise doit définir les limites dans lesquelles il peut agir. Un véhicule peut être flexible jusqu’à l’heure de son départ ; une chambre froide, dans une plage de température ; une machine, entre deux étapes de production.

« Les acteurs industriels s’intéressent au sujet, mais beaucoup ne savent pas encore par où commencer. Cela demande une bonne compréhension des données, des équipements et des contraintes. D’où l’importance de se faire accompagner par des acteurs reconnus », conclut Patrick Biro.


En tant que source d'information, le blog de Romande Energie offre une diversité d'opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l'entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

Thomas Pfefferlé
Rédigé par Thomas Pfefferlé · Journaliste innovation indépendant

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