Télévisions en veille, box Internet, assistants vocaux, objets domotiques ou streaming vidéo ; la maison numérique consomme de l’électricité même lorsque rien ne semble fonctionner. Décryptage des usages invisibles qui pèsent sur la facture énergétique, mais aussi des solutions qui permettent de les maîtriser.
Maison connectée : l’énergie que l’on ne voit pas
L'essentiel en 3 points :
Il suffit d’observer un logement moderne pour mesurer l’ampleur de la transformation numérique. Téléviseurs connectés, ordinateurs portables, smartphones, tablettes, montres connectées, enceintes intelligentes, caméras de surveillance, capteurs de température, robots ménagers ou encore équipements domotiques se sont progressivement invités dans notre quotidien.
Cette évolution apporte de nombreux avantages en matière de confort, de sécurité et de connectivité. Mais elle soulève également une question de plus en plus importante : quelle est la consommation énergétique réelle de tous ces appareils ?
Contrairement à un four ou à un chauffe-eau, dont la consommation est visible et facilement identifiable, les équipements numériques fonctionnent souvent de manière discrète. Ils consomment parfois quelques watts seulement, mais de façon continue. Additionnées sur une année et multipliées par le nombre d’appareils présents dans un foyer, ces consommations deviennent non négligeables.
Selon les spécialistes de SuisseEnergie, programme de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), certains appareils connectés restent actifs en permanence afin de maintenir une connexion réseau, télécharger des mises à jour ou rester disponibles à distance. Un appareil connecté peut ainsi consommer entre 25 et 70 kWh par an même lorsqu’il n’est pas utilisé directement. Cela concerne notamment les routeurs, modems, téléviseurs connectés, imprimantes ou autres équipements dits « intelligents ».
Le poids discret de la veille
La consommation en veille constitue l’un des principaux angles morts de la maison numérique. Lorsque l’on éteint un téléviseur avec sa télécommande, que l’on laisse une console de jeux prête à redémarrer instantanément ou qu’un ordinateur reste branché en permanence, l’appareil continue souvent à consommer de l’électricité. Cette énergie sert notamment à maintenir certaines fonctions en arrière-plan, comme la réception de mises à jour ou la connexion à Internet.
Selon les estimations relayées par différentes plateformes expertes de l’énergie en Suisse, les appareils électriques et électroniques pourraient représenter environ 3 % de la consommation totale d’électricité du pays, et la part liée aux modes veille reste significative. Pour certains équipements, la veille peut même représenter une proportion importante de leur consommation annuelle totale.
Le phénomène est amplifié par la multiplication des appareils. Là où un foyer possédait autrefois une télévision et un ordinateur, il héberge aujourd’hui parfois plusieurs écrans, consoles, objets connectés, assistants vocaux et équipements de sécurité. Pris individuellement, leur impact paraît faible. Collectivement, il devient beaucoup plus conséquent.
Streaming, cloud et données : une consommation délocalisée
La consommation énergétique du numérique ne se limite pas aux appareils présents dans le logement. Chaque fois qu’une série est regardée en streaming, qu’une vidéo est visionnée sur un smartphone ou qu’un document est sauvegardé dans le cloud, des infrastructures distantes entrent également en action. Centres de données, serveurs, réseaux de télécommunication et équipements internet fonctionnent en permanence pour acheminer et stocker ces informations.
Le streaming vidéo occupe aujourd’hui une place centrale dans les usages numériques. Plus la résolution est élevée — HD, 4K ou demain 8K — plus la quantité de données à transmettre augmente. Plusieurs études scientifiques soulignent que la vidéo représente désormais la majeure partie du trafic internet mondial et constitue un facteur important de consommation énergétique dans l’écosystème numérique.
Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer au streaming ou au cloud. En revanche, adopter certains réflexes permet de limiter leur impact : éviter la très haute définition sur les petits écrans, privilégier le téléchargement lorsque cela est pertinent ou encore supprimer régulièrement les données inutiles stockées en ligne.
Quand les objets connectés permettent aussi d’économiser
La maison connectée ne doit toutefois pas être perçue uniquement comme une source de consommation supplémentaire. C’est tout le paradoxe du numérique résidentiel : certains équipements consomment de l’électricité, mais permettent simultanément de réaliser des économies bien plus importantes ailleurs. Les thermostats intelligents, par exemple, adaptent automatiquement la température en fonction de la présence des occupants. Les systèmes d’éclairage connectés évitent que des lampes restent allumées inutilement. Les prises intelligentes permettent de programmer l’arrêt automatique d’appareils énergivores ou d’éliminer certaines consommations en veille. Notons encore que, dans le cas d’un logement équipé de panneaux photovoltaïques, les Home Energy Management System (HEMS) permettent de faire fonctionner son chauffage ou son boiler, voire la charge de son véhicule électrique quand les panneaux solaires produisent de l’électricité. On favorise ainsi l’autoconsommation en évitant d’augmenter sa consommation électrique depuis le réseau.
Dans le domaine du chauffage, principal poste énergétique d’un logement, quelques degrés ou quelques heures de fonctionnement optimisés peuvent représenter des économies bien supérieures à la consommation propre des équipements de pilotage. Cette logique rejoint d’ailleurs les recommandations régulièrement mises en avant par les acteurs de l’énergie : mieux connaître ses consommations constitue souvent la première étape pour les réduire efficacement.
Les bons réflexes pour une maison numérique plus sobre
De nombreuses mesures simples permettent par ailleurs de limiter les consommations invisibles. La première consiste à identifier les appareils qui restent connectés en permanence. Si certains types de routeurs Internet doivent généralement fonctionner 24 heures sur 24, ce n’est pas forcément le cas d’une imprimante, d’une enceinte connectée secondaire ou d’une console de jeux peu utilisée. L’utilisation de multiprises avec interrupteur permet également de couper facilement plusieurs appareils simultanément lorsqu’ils ne sont pas nécessaires.
Quelques écogestes à connaître :
- activer les modes d’économie d’énergie sur les ordinateurs et téléviseurs ;
- réduire la luminosité des écrans lorsque cela est possible ;
- désactiver les démarrages automatiques inutiles ;
- privilégier des équipements récents et performants sur le plan énergétique ;
- arrêter le Wi-Fi automatiquement toutes les nuits depuis son compte en ligne ;
- vérifier régulièrement les paramètres des objets connectés et des applications.
Ces écogestes s’inscrivent pleinement dans la démarche présentée dans le livre blanc « Consommons mieux, consommons moins » de Romande Energie. Celui-ci rappelle qu’une meilleure maîtrise de ses usages quotidiens constitue l’un des leviers les plus efficaces pour réduire durablement sa consommation d’énergie et son impact environnemental.
La sobriété numérique, un nouvel enjeu énergétique
Pendant longtemps, les réflexions sur les économies d’énergie se sont concentrées sur le chauffage, l’eau chaude ou les gros appareils électroménagers. Ces postes demeurent bien entendu prioritaires. Mais à mesure que les logements se numérisent, les usages connectés deviennent eux aussi un sujet d’attention. Non pas parce qu’ils représentent aujourd’hui la plus grande part de la facture énergétique, mais parce que leur nombre ne cesse d’augmenter.
La maison de demain sera probablement encore plus connectée qu’aujourd’hui. La question n’est donc plus de savoir s’il faut adopter ces technologies, mais comment les utiliser intelligemment. Dans ce sens, une maison numérique bien pilotée peut ainsi contribuer à davantage de confort et d’efficacité énergétique. À l’inverse, une accumulation d’équipements mal maîtrisés risque de multiplier les consommations invisibles.
Dans un contexte de transition énergétique, la véritable innovation ne réside peut-être pas dans le nombre d’objets connectés présents dans un logement, mais dans notre capacité à les mettre au service d’une consommation plus responsable.
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