En 2022, nous évoquions le plan Ostral alors que la menace de pénurie était réelle. Trois ans plus tard, la situation a évolué, marquée notamment par le black-out ibérique de 2025 et les tensions autour du détroit d’Ormuz. Parce qu’elles sont les premières concernées par les mesures de contingentement (soit une limitation imposée de la consommation afin de faire baisser la demande sans couper l’alimentation), les entreprises représentent aussi un bras de levier important pour la stabilité du réseau.
Le plan Ostral en 2026, entre vigilance et préparation
L'essentiel en 3 points :
Pour faire le point sur l’hiver 2026, nous avons interrogé Daniel Schalch, membre de la commission Ostral. S’il confirme l’absence de risque imminent, il souligne les vigilances nécessaires et livre des conseils pour que les entreprises se préparent dès aujourd’hui.
Romande Energie_Nous avions publié un article en 2022 sur le plan Ostral, à une époque où la situation de l’approvisionnement énergétique et les risques de pénurie étaient critiques. Quelles évolutions notez-vous depuis ? A-t-on adapté les protocoles ou les dispositifs d’information, notamment à la suite du black-out survenu en Espagne en 2025 ?
Votre article publié en 2022 reste d’actualité : le cœur des activités d’Ostral et les plans prévus n’ont pas changé fondamentalement. Cependant, nous avons apporté quelques évolutions et réflexions importantes. Nous avons notamment mis à jour la documentation à destination des représentants des sociétés électriques et développé des supports pédagogiques, comme des vidéos et des cours de formation, pour rappeler le fonctionnement du système.
Une réflexion porte aussi sur les grands Regroupements pour la consommation propre (RCP), c’est-à-dire ceux qui regroupent plusieurs lotissements et dépassent une consommation annuelle de 100 MWh. Sur le plan légal, ces gros RCP sont considérés comme des « gros consommateurs » et sont donc soumis au contingentement en cas de pénurie. Or, il y a là une zone d'ombre quant à la mise en application, puisqu’il s’agit in fine de ménages. La question reste donc ouverte : quelles mesures concrètes de contingentement ces RCP – et donc ces ménages – doivent-ils appliquer ?
Enfin, une application est en cours de développement à destination des organisations de secours et des communes. Le but à terme est de fournir, en cas de délestage effectif, des informations précises, adresse par adresse, indiquant quels clients seront coupés, à quel moment et à quel horaire. Pour rappeler ce qu’est un délestage, il s’agit d’une coupure temporaire et localisée de l’alimentation afin de soulager le réseau et éviter un black-out. C’est une mesure de dernier recours lorsque le contingentement, soit la limitation de la consommation, ne suffit pas.
Concernant l’hiver 2026, quelles sont les prévisions ? Vers quelle situation nous dirigeons-nous et quels sont les points de vigilance, notamment en raison du blocage du détroit d’Ormuz ?
De manière générale, il n'y a pas de situation exceptionnelle ou critique anticipée pour l’approvisionnement hivernal 2026. Aujourd’hui, les centrales nucléaires suisses fonctionnent correctement, à la suite de leurs révisions. Du côté de la France, le parc nucléaire était pour moitié à l’arrêt en 2022 en raison de problèmes de corrosion, mais depuis, l’ensemble du parc a été remis en service. De ce point de vue, notamment concernant l’approvisionnement depuis la France durant la période hivernale, il n’y a, aujourd’hui, pas de souci majeur. La situation actuelle est donc bonne et l’on ne parle pas de risques avérés de pénurie. Cela dit, il reste évidemment impossible de prédire avec certitude la situation exacte pour cet hiver. Le point d'interrogation principal concerne l'approvisionnement en gaz et son impact sur la production d'électricité. Les réserves de gaz allemandes sont actuellement très basses. Même si le détroit d'Ormuz s'ouvrait aujourd'hui et permettait l’envoi immédiat de bateaux sur place, ça serait sans doute compliqué de pouvoir remplir les réservoirs de manière optimale pour l’hiver 2026.
Et si on parle des entreprises, que peuvent-elles mettre en place au cas où la situation se compliquait et que des mesures de contingentement étaient imposées ?
Effectivement, les gros consommateurs, et donc les entreprises, seraient les premières concernées. Elles peuvent donc déjà réfléchir aux implications d’une réduction de leur consommation si elles devaient faire face à un contingentement. Ce que nous constatons, c’est que si les très grandes entreprises sont généralement préparées, beaucoup de PME ne connaissent pas précisément leur profil de consommation, ni l’impact réel d’une réduction de par exemple 10 %. Est-ce que cela affecte leurs lignes de production ? Est-ce que cela perturbe significativement leurs activités ? Elles peuvent anticiper ces scénarios dès maintenant pour être prêtes si cela devait arriver.
Si un contingentement était activé, une entreprise qui produit et consomme son électricité serait-elle également concernée ?
Dans un premier temps, s’il s’agit simplement d’appels à réduire la consommation, non. C’est d’ailleurs l’un des avantages de l’autoconsommation. Toutefois, si la situation se dégradait et nécessitait le passage à des mesures de contingentement strictes, alors oui, elle serait concernée. La plupart des installations solaires étant raccordées au réseau, elles font partie du système global. Bien qu’il soit techniquement possible de fonctionner en îlotage (sans raccordement), cela reste complexe à mettre en œuvre. En résumé : en cas de pénurie qui se dessinerait, les producteurs ne seraient pas contraints de réduire leur production. Mais si la situation s’aggravait et imposait un contingentement, tout le monde devrait participer à l’effort collectif.
En tant que source d'information, le blog de Romande Energie offre une diversité d'opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l'entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

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