Quand on pense hydroélectricité, on imagine d’abord un grand barrage en montagne. Pourtant, une partie importante de l’électricité hydraulique en Suisse vient d’installations beaucoup plus discrètes : les centrales au fil de l’eau, situées le long des rivières, souvent en plaine. Elles ne stockent pas l’eau : elles utilisent directement le débit du cours d’eau pour en transformer l’énergie en électricité. Une production locale, régulière, et essentielle au fonctionnement du système électrique.
Fil de l’eau : une énergie locale et régulière au cœur du mix suisse
L'essentiel en 3 points :
Dans cet épisode #onREvèle
Karim Slama se rend à la centrale des Farettes, près d’Aigle, qui produit environ 86 millions de kWh par an, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 24’000 ménages. Il y rencontre Marion Chrétien-Percy, Asset Manager Hydroélectrique. Ensemble, ils suivent le parcours de l’eau : de la prise d’eau jusqu’à la centrale située plus bas, puis jusqu’au point où elle est restituée à la rivière, pour comprendre concrètement comment fonctionne une centrale au fil de l’eau.
Produire régulièrement, un atout pour le système électrique
Produire de l’électricité renouvelable ne suffit pas : il faut aussi pouvoir compter sur une production disponible tout au long de l’année, même si son niveau varie selon les conditions. La consommation évolue au fil de la journée et des saisons, tandis que certaines énergies, comme le solaire ou l’éolien, dépendent fortement de la météo. Le réseau doit pourtant rester équilibré à chaque instant.
Dans ce contexte, les centrales au fil de l’eau occupent une place importante. Elles ne produisent pas toujours la même quantité d’électricité : leur production varie selon le débit de la rivière, lui-même influencé par les précipitations, la fonte des neiges ou les saisons. Mais tant que l’eau coule, elles continuent à alimenter le système. Cette production renouvelable, locale et prévisible à l’échelle des cycles naturels en fait un élément structurant du mix électrique suisse.
Des installations discrètes, mais bien présentes
Ces centrales se fondent souvent dans le paysage : une prise d’eau en amont, une galerie ou une conduite, puis une centrale implantée plus bas, avant que l’eau soit restituée à la rivière. Leur contribution est pourtant loin d’être marginale : elles représentent à elles seules près de la moitié de la production hydraulique en Suisse.
Souvent situées en plaine ou à proximité des zones habitées, les centrales au fil de l’eau valorisent le relief et le débit des cours d’eau pour produire une électricité locale, directement ancrée dans le territoire.
Fil de l’eau ou barrage : deux rôles complémentaires
La différence principale entre ces deux types d’ouvrages repose sur le stockage de l’eau.
Les centrales au fil de l’eau utilisent le débit naturel de la rivière. Elles produisent de manière régulière, avec une puissance qui varie selon la quantité d’eau disponible. Les centrales à accumulation, en revanche, stockent l’eau dans un lac et peuvent choisir quand produire, notamment lors des pics de consommation.
En résumé, le fil de l’eau apporte une production régulière, tandis que le barrage permet d’adapter la production à la demande. Ces deux approches fonctionnent ensemble pour contribuer à la stabilité du système électrique.
Comment une centrale au fil de l’eau produit-elle de l’électricité ?
Le principe est simple : on prélève une partie de l’eau, on utilise sa force, puis on la rend à la rivière.
Une partie du débit est prélevée à une prise d’eau. L’eau est ensuite acheminée vers un réservoir intermédiaire, qui permet de garder la conduite toujours remplie avant son arrivée à la centrale. Sa force et la gravité mettent alors en mouvement une turbine. La turbine entraîne un alternateur, qui produit l’électricité. L’eau est ensuite restituée au cours d’eau un peu plus loin.

Point important : l’eau n’est ni consommée ni polluée. Elle poursuit son cycle naturel. C’est l’énergie du mouvement et de la hauteur qui est transformée, pas l’eau elle-même.
Produire au cœur d’une rivière : un cadre écologique exigeant
Parce que ces centrales s’insèrent directement dans le milieu naturel, elles sont encadrées par des règles strictes. Après un prélèvement, une quantité minimale d’eau doit rester dans le lit de la rivière : c’est le débit résiduel. Il garantit que le cours d’eau conserve ses fonctions naturelles, notamment pour les habitats aquatiques.
La question de la migration des poissons fait aussi partie des enjeux majeurs. De nombreux sites en Suisse font l’objet de travaux d’assainissement écologique visant à améliorer la continuité des cours d’eau, réduire certaines perturbations et rendre les installations plus compatibles avec la biodiversité. C’est une dimension essentielle pour comprendre l’hydroélectricité d’aujourd’hui : une énergie renouvelable, oui, mais qui doit s’inscrire dans un équilibre durable avec les écosystèmes.
Conclusion
Les centrales au fil de l’eau sont parfois moins visibles que les grands barrages. Mais elles jouent un rôle central : produire une électricité renouvelable locale, disponible de manière régulière, et contribuer à l’équilibre du mix électrique suisse.
Avec l’exemple des Farettes, on voit concrètement ce que cette hydraulique de proximité peut apporter : une production renforcée grâce à la modernisation, une meilleure intégration dans le paysage, et une contribution durable à notre approvisionnement.
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