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Agrivoltaïsme : ces innovations suisses qui s’exportent pour réconcilier agriculture et transition énergétique

Agrivoltaïque

Produire de l’électricité tout en cultivant la terre : l’agrivoltaïsme ouvre une nouvelle voie pour accélérer la transition énergétique sans sacrifier les surfaces agricoles. Entre innovations technologiques, projets pilotes et évolution du cadre réglementaire, cette approche se développe progressivement en Suisse et en Europe, avec l’ambition de concilier production alimentaire, protection des cultures et énergie solaire.

L'essentiel en 3 points :

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L’agrivoltaïsme permet de produire simultanément de l’électricité solaire et des cultures agricoles sur une même surface, sans réduire les terres cultivables.

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Grâce à des innovations technologiques développées notamment en Suisse, ces installations peuvent protéger certaines cultures tout en contribuant à la transition énergétique.

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Malgré un potentiel important en Europe, le développement de l’agrivoltaïsme en Suisse dépend encore de l’évolution du cadre réglementaire et des conditions économiques du marché de l’électricité.

Face à l’urgence climatique et à la nécessité d’accélérer le développement des énergies renouvelables, l’utilisation du territoire devient un enjeu central. L’agrivoltaïsme – qui combine production agricole et production photovoltaïque sur une même surface – apparaît comme une réponse prometteuse à cette équation complexe.

La Suisse a toutefois choisi une approche particulièrement exigeante. Contrairement à certains pays européens où l’installation de panneaux solaires sur des terres agricoles peut être autorisée plus largement, le cadre helvétique impose que ces projets apportent un bénéfice concret pour la production agricole.

« Plus qu’une innovation, l’agrivoltaïsme est aujourd’hui encadré par une ordonnance qui vise à garantir un avantage réel pour l’activité agricole », explique Martial Genolet, responsable du service solaire chez Romande Energie. « Les projets doivent démontrer qu’ils améliorent ou au moins maintiennent la production agricole. » Cette exigence répond à une réalité stratégique : la Suisse ne produit qu’environ la moitié de sa consommation alimentaire. « Il ne faut pas grignoter les terres agricoles pour rien. Les installations doivent apporter une valeur ajoutée aux cultures », souligne Martial Genolet.

L’innovation technologique au service de l’agriculture durable

Si l’agrivoltaïsme attire autant l’attention aujourd’hui, c’est aussi parce qu’il s’appuie sur des technologies de plus en plus sophistiquées. Des entreprises suisses figurent parmi les pionniers dans ce domaine. Leurs systèmes combinent panneaux photovoltaïques, capteurs météorologiques et algorithmes capables d’ajuster l’ombrage en fonction de l’ensoleillement ou des conditions climatiques. Ces installations remplissent ainsi plusieurs fonctions à la fois : production d’énergie renouvelable, protection des cultures et optimisation du microclimat agricole.

« Les projets pilotes menés avec succès nous permettent aujourd'hui de passer à l'échelle supérieure. En partenariat avec des fournisseurs technologiques comme Insolight, nous déployons actuellement ces solutions performantes et économiquement viables au sein de nouvelles centrales solaires de plusieurs hectares », résume Martial Genolet.

Des applications particulièrement adaptées à certaines cultures

L’agrivoltaïsme n’est pas adapté à toutes les productions agricoles. Les projets se concentrent aujourd’hui sur des cultures qui nécessitent déjà une protection contre les conditions climatiques. C’est notamment le cas des cultures de baies. « Les fraises, les framboises ou les myrtilles supportent également mal le rayonnement direct et les fortes chaleurs », explique Martial Genolet. « Dans ces cas-là, les structures agrivoltaïques peuvent remplacer les installations de protection déjà utilisées qui ne produisent pas d’énergie. »

L’arboriculture offre également des perspectives intéressantes. Des panneaux installés au-dessus de vergers peuvent protéger les arbres contre la grêle ou les pluies intenses, tout en générant de l’électricité.

Le système d’Insolight intègre ainsi des panneaux mobiles capables de suivre la course du soleil afin d’adapter l’ombrage aux besoins des cultures grâce à un algorithme spécifique. Une solution qui illustre l’un des grands atouts de l’agrivoltaïsme : transformer une contrainte – la nécessité de protéger les cultures – en opportunité pour produire de l’énergie renouvelable.

L’agrivoltaïsme s'inscrit ainsi dans une logique de résilience face à la répétition des canicules. En ombrageant les cultures, ce type d’installation réduit les températures extrêmes et diminue l'évaporation des sols. Ce qui permet de protéger la production agricole des dommages liés à la chaleur et de limiter la pression sur les ressources hydriques en réduisant les besoins en arrosage. 

Un cadre réglementaire en évolution

Le développement de l’agrivoltaïsme dépend aussi de l’évolution du cadre réglementaire. L’association Swissolar, qui représente la branche solaire en Suisse, salue ainsi les évolutions de ces dernières années visant à faciliter l’installation de systèmes photovoltaïques, notamment en supprimant certains obstacles liés à l’aménagement du territoire. Ces mesures pourraient contribuer à accélérer le déploiement de nouvelles installations solaires, y compris dans le domaine de l’agrivoltaïsme.

Toutefois, les procédures restent encore variables selon les cantons, qui disposent de la compétence pour délivrer les autorisations de construire en zone agricole. Certains territoires se montrent particulièrement proactifs, tandis que d’autres avancent plus lentement. « On observe encore des disparités importantes entre les cantons dans la délivrance des permis », constate Martial Genolet. « Ce qui demande beaucoup d’efforts dans le développement des projets car les échanges avec les services d’aménagement du territoire sont démultipliés. »  

Parmi les cantons les plus proactifs, on peut notamment mentionner celui de Soleure, dans lequel un guide a même été réalisé pour partager les connaissances, savoir-faire et bonnes pratiques en la matière. « Le cadre se concrétise également sur le territoire vaudois, les autorités cantonales ayant récemment validé et délivré les permis de construire nécessaires au déploiement de parcs agrivoltaïques de plusieurs hectares », poursuit Martial Genolet. En Valais, l’Agroscope de Conthey illustre par ailleurs un positionnement en faveur du déploiement de ces innovations technologiques. En collaboration avec l’Etat du Valais et Romande Energie, Insolight y poursuit ainsi ses recherches et développements novateurs.  

Entre potentiel européen et soutien helvétique manquant

Si l’agrivoltaïsme progresse lentement en Suisse, le marché se développe plus rapidement chez nos voisins européens. Le potentiel y est particulièrement important, notamment dans les régions agricoles exposées à un fort ensoleillement, où ces installations peuvent à la fois produire de l’énergie et protéger les cultures contre les excès de chaleur. Pour les entreprises suisses actives dans ce domaine, l’enjeu dépasse donc largement les frontières nationales.

Malgré la pertinence de l’agrivoltaïsme, avec le prix du marché actuel de l’énergie et les prix de reprise, l’équilibre financier n’est pas encore suffisamment présent et empêche beaucoup de projets de se réaliser. Afin de favoriser son déploiement sous nos latitudes, une prise de position politique et économique reste à adopter. Dans cette optique, il serait par exemple intéressant d’accorder des subventions bonus aux projets agrivoltaïques, comme c’est par exemple le cas pour les projets de carports solaires ou encore de solaire en milieu alpin, notamment pour favoriser la production photovoltaïque en période hivernale.

Pour les investisseurs/développeurs de projets, une telle incitation serait porteuse, surtout en considérant l’investissement important que représente un projet agri-PV ainsi que la baisse des prix de reprise de la production électrique. Un point critique dans l’analyse des projets car l’autoconsommation de la production d’une agri-PV reste en général secondaire en raison des zones ciblées et des faibles besoins énergétiques directement sur place.

Dans le contexte de la transition énergétique, l’agrivoltaïsme pourrait ainsi devenir l’une des briques d’un système énergétique plus durable, capable de produire davantage d’électricité renouvelable tout en renforçant la résilience de l’agriculture face au changement climatique. 


En tant que source d'information, le blog de Romande Energie offre une diversité d'opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l'entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

Thomas Pfefferlé
Rédigé par Thomas Pfefferlé · Journaliste innovation indépendant

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