La nouvelle loi suisse sur l’électricité impose dès 2026 des objectifs de gains d’efficacité énergétique aux fournisseurs. Chez Romande Energie, une stratégie se met en place pour accompagner les entreprises et les particuliers. Explications avec Nadège Chiaradia, responsable de la mise en œuvre de cette obligation au sein du groupe.
Gains d’efficacité : comment Romande Energie prépare la mise en œuvre de la nouvelle obligation pour les fournisseurs
L'essentiel en 3 points :
Le paysage énergétique suisse s’apprête à évoluer profondément. Entrée en vigueur le 1er janvier 2025, la nouvelle loi dite « Acte modificateur unique » – ou Mantelerlass – introduit pour la première fois une obligation de gains d’efficacité pour les fournisseurs d’électricité. À partir de 2026, ceux-ci devront réaliser des économies annuelles, fixées à 1 % la première année, puis 1,5 % en 2027 et 2 % à partir de 2028. Pour la Confédération, cet effort collectif doit contribuer à sécuriser l’approvisionnement, notamment en période hivernale, avec un objectif final visant à économiser 2 TWh par année d’ici à 2035.

« Pour les fournisseurs, c’est une nouvelle responsabilité structurante. Elle vise à encourager la réduction durable de la consommation électrique en ciblant des mesures concrètes chez les clients finaux », explique Nadège Chiaradia, product manager chez Romande Energie et responsable de la mise en place de cette obligation au sein du groupe.
Une nouveauté pour Romande Energie : structurer un programme dédié
Jusqu’ici, Romande Energie ne disposait pas d’un programme explicitement dédié aux gains d’efficacité. Contrairement à certains gestionnaires de réseau cantonaux appuyés par des taxes affectées, l’entreprise ne bénéficiait pas d’un financement préexistant pour ce type de mesures.
« La loi crée cependant un cadre qui nous permet d’activer un mécanisme de financement proportionnel au volume de vente d’électricité aux clients », précise Nadège Chiaradia. Concrètement, une partie de la composante « énergie » de la facture pourra ainsi être mobilisée pour financer les actions d’efficacité, dont le coût doit rester raisonnable pour la clientèle.
Selon les estimations initiales, l’impact pour un ménage consommant 4’500 kWh par an représenterait environ CHF 3.15 par an dans un scénario où le kilowattheure économisé coûterait entre 7 à 8 centimes. « Ces montants montrent que l’effort reste très modéré pour les clients finaux et nous voudrions que cela les incite à profiter de ce programme d'efficience énergétique », souligne l’experte.
Un potentiel surtout concentré dans les entreprises
Pour atteindre les objectifs fixés, Romande Energie concentre une grande partie de ses efforts sur les acteurs économiques. « Le levier principal se situe clairement chez les entreprises. C’est là que nous pouvons éviter que la charge de l’obligation ne repose trop fortement sur les ménages. Car en identifiant les plus gros potentiels d’économie, on permet de baisser le coût du kWh économisé, et donc de réduire le coût pour les clients finaux », rappelle Nadège Chiaradia.

Les économies possibles sont en effet beaucoup plus significatives dans l’industrie et les services, notamment grâce au remplacement ou à l’optimisation d’installations techniques, de systèmes de chauffage ou de ventilation ou encore de parcs de machines de production. Toutefois, ces investissements représentent des changements structurels pour les entreprises, qui, dans la majorité des cas, ne renouvellent leurs équipements qu’une fois arrivés en fin de vie ou en cas d'inefficacité.
« Notre défi consiste à identifier les projets mûrs et à comprendre ce qui peut convaincre une entreprise de franchir le pas plus tôt, permettant au client de faire des économies d'électricité et donc financières », détaille l’experte. D’où la mise en place d’une série de projets pilotes dans différents secteurs.
Des projets pilotes pour tester ce qui fonctionne vraiment
Romande Energie a récemment lancé plusieurs expérimentations sur le terrain afin de définir les mesures les plus efficaces, les plus réalistes et les plus incitatives. L’objectif est clair : documenter les pratiques, affiner les processus et bâtir un dispositif opérationnel dès 2026.
Ces projets comportent deux axes principaux :
1. Accompagnement par audit énergétique
Romande Energie peut contribuer au financement d’audits PEIK (Programme d’efficacité énergétique pour les PME), déjà soutenus par des subventions cantonales. « Nous ne voulons pas nous substituer aux aides publiques existantes, mais intervenir en complément, dans un second temps », explique Nadège Chiaradia. L’idée étant d’aider les entreprises à identifier leurs potentiels d’économie et à structurer leur plan d’action.
2. “Check-up électriques” financés en partie par Romande Energie
L’entreprise propose également des diagnostics ciblés, financés en partie par Romande Energie. Ils permettent d’obtenir rapidement une vue d’ensemble de l’efficacité énergétique d’un site et de repérer des mesures simples à mettre en œuvre.
« Nous testons ces outils avec différents profils de clients pour comprendre quel dispositif génère le plus d’engagement », ajoute Nadège Chiaradia. « Les premiers échanges montrent un intérêt marqué de la part des PME à forte consommation, qui seront logiquement prioritaires dans la démarche. Pour les clients particuliers, nous testons par ailleurs une campagne de remplacement d'appareils électroménagers. »
Un travail d’ingénierie, mais aussi de simplification administrative
Pour répondre à l’obligation fédérale, les fournisseurs devront prouver la réalisation effective des économies auprès de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN). Cela implique un suivi rigoureux, la capacité à documenter les mesures et l’utilisation de standards de calcul publiés par la Confédération.
« À terme, nous devrions possiblement digitaliser et automatiser ces processus, car la charge administrative pourrait autrement devenir trop conséquente », relève Nadège Chiaradia. La gestion des demandes, le contrôle de l’éligibilité, la mesure des économies, la consolidation des données et leur transmission devront ainsi être aussi fiables qu’efficaces.
Préparer la mise en œuvre pour 2026
Les six prochains mois seront décisifs, autant devant l’enjeu de respecter la loi que de créer un dispositif utile et pertinent pour la transition énergétique régionale. Le défi étant, comme indiqué, également d’ordre structurel afin de parvenir à rendre ces démarches les plus efficientes possibles, autant sur le plan administratif que technique.
« Notre objectif est clair : répondre aux exigences fédérales tout en apportant une réelle valeur ajoutée aux clients », conclut Nadège Chiaradia. « Il nous faut tester, ajuster et construire un modèle qui fonctionne à long terme. »
Avec cette nouvelle obligation, la Suisse renforce sa politique énergétique. Pour les fournisseurs comme Romande Energie, il s’agit d’une occasion d’accélérer l’adoption de solutions plus efficientes et de contribuer activement à la sécurité de l’approvisionnement de demain.
En tant que source d'information, le blog de Romande Energie offre une diversité d'opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l'entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

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