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L’immobilier, un levier décisif pour décarboner la Suisse romande

Décarbonation

Responsable d’une part importante des émissions de CO₂, le parc immobilier représente un enjeu majeur de la transition énergétique en Suisse romande. Entre rénovation du bâti existant, évolution des usages et approche plus globale de l’énergie à l’échelle des quartiers, le secteur offre un potentiel considérable. Pour accompagner cette transformation, Romande Energie développe de nouvelles solutions et une vision intégrée de la rénovation énergétique.

L'essentiel en 3 points :

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Le parc immobilier constitue un levier majeur de la décarbonation en Suisse romande, représentant environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre au niveau national et près de 40 % des émissions de CO₂ dans le canton de Vaud.

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La rénovation énergétique du bâti existant - en commençant par la réduction des besoins grâce à l’isolation - représente un potentiel important pour réduire la consommation et les émissions.

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Au-delà des travaux techniques, la transition passe aussi par une évolution des usages et une approche plus globale de l’énergie à l’échelle des bâtiments, des quartiers et des habitudes de consommation des occupants.

La transition énergétique ne se joue pas uniquement dans la production d’électricité renouvelable. Elle se joue aussi - et surtout - dans les bâtiments. Car en Suisse, l’immobilier représente plus d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre. Dans le canton de Vaud, cette proportion atteint même près de 40 % des émissions de CO₂.

Un constat qui illustre l’ampleur du défi à relever. « Plus d’un immeuble sur deux en Suisse est encore chauffé aux énergies fossiles. Cela montre à quel point le potentiel de réduction des émissions dans le secteur immobilier est considérable », souligne Christophe Jeandupeux, Product manager et responsable du programme Commune Rénove chez Romande Energie.

Christophe Jeandupeux

À cela s’ajoute une forte dépendance énergétique. Dans le canton de Vaud, environ 80 % de l’énergie consommée est importée. Améliorer l’efficacité énergétique du parc immobilier représente donc à la fois un levier climatique et une question de souveraineté énergétique.

L’enjeu est d’autant plus important que de nombreux bâtiments nécessitent une rénovation. En effet, plus de 25’000 immeubles vaudois sont aujourd’hui considérés comme des passoires énergétiques, avec des notes F ou G selon le Certificat énergétique cantonal des bâtiments (CECB). Une partie d’entre eux devra être assainie d’ici 2035 à 2040, dans le cadre des nouvelles obligations légales qui entreront en vigueur dès 2027 pour les bâtiments de plus de 750 m² de surfaces chauffées. 

Placer l’énergie au cœur des projets de rénovation

Face à ces défis, Romande Energie renforce son engagement dans la rénovation énergétique du bâti existant. Le groupe a notamment créé une nouvelle filiale l’année dernière, ID GO, et structuré une unité d’affaires dédiée à l’immobilier afin de rassembler les compétences nécessaires à la transformation du parc bâti et d’accélérer la décarbonation du secteur de l'immobilier résidentiel et industriel.

L’objectif : proposer une approche intégrée et simplifiée en plaçant l’énergie au cœur du projet pour les propriétaires de parcs immobiliers. « Nous voulons pouvoir accompagner les projets de rénovation énergétique avec un interlocuteur unique, capable de coordonner l’ensemble des intervenants », explique Christophe Jeandupeux. Cette approche vise en particulier les grands propriétaires institutionnels, qui disposent de vastes portefeuilles immobiliers. En intervenant sur plusieurs bâtiments à la fois, l’effet de levier peut ainsi être significatif.

Dans cette logique, la priorité consiste à réduire les besoins énergétiques avant même de repenser la production d’énergie. « La première étape consiste souvent à améliorer l’isolation et à diminuer les besoins du bâtiment. Ensuite seulement, on réfléchit à la manière de produire l’énergie nécessaire, avec des solutions renouvelables », précise-t-il. 

Entre contraintes techniques et innovations

Certaines technologies, comme la modélisation numérique des bâtiments (BIM), facilitent la planification de ces rénovations. Mais le secteur reste fortement ancré dans des pratiques très concrètes. La rénovation énergétique doit en même temps composer avec de nombreuses contraintes. Les possibilités techniques et réglementaires sont parfois limitées, notamment dans les bâtiments existants où les transformations structurelles sont difficiles. Le secteur de la construction reste également prudent face à l’innovation. « Dans l’immobilier, le rendement est un facteur déterminant. L’innovation peut parfois être perçue comme un risque supplémentaire pour le maître d’ouvrage », observe Christophe Jeandupeux.

Les matériaux utilisés font aussi l’objet d’une attention croissante. La question de l’énergie grise - c’est-à-dire l’énergie nécessaire à la fabrication et au transport des matériaux - devient un critère important dans les projets de rénovation. Romande Energie encourage ainsi l’utilisation de matériaux biosourcés lorsque cela est pertinent. « Ces solutions présentent de nombreux avantages, même si, en matière de performance thermique, elles ne sont pas toujours les plus efficaces. » Pour de futurs projets, l’économie circulaire dans la construction figure aussi parmi les lignes directrices, notamment pour le réemploi de matériaux, comme sur le nouveau site de Romande Energie à Echallens.

Malgré ces limites, les rénovations permettent déjà des gains significatifs. « De manière générale, une rénovation énergétique permet d’économiser entre 50 et 60 % d’énergie, parfois davantage selon les situations, tandis qu’une mesure d’optimisation de la courbe de chauffe permet une économie d’énergie entre 15 et 20%. » 

Le bâtiment, futur hub énergétique

Au-delà de la rénovation, le rôle du bâtiment lui-même évolue dans le système énergétique. Les immeubles deviennent progressivement des hubs capables de produire, stocker et gérer l’énergie. Le développement du solaire photovoltaïque illustre cette transformation. Mais pour exploiter pleinement ce potentiel, les habitudes de consommation doivent également évoluer. « Les occupants jouent un rôle essentiel. Il faut les informer et les accompagner pour qu’ils adoptent les bons réflexes », souligne Christophe Jeandupeux.

Adapter les usages à la production d’énergie renouvelable constitue l’un des enjeux majeurs. Par exemple, privilégier le fonctionnement de certains appareils électriques durant la journée, lorsque l’énergie solaire est disponible. « Comprendre quand utiliser ces nouvelles technologies est essentiel. Cela permet aussi d’éviter les problèmes de surcharge du réseau ou de reprise d’électricité. » 

Penser la transition à l’échelle du quartier

Pour aller plus loin, la transition énergétique du bâti pourrait également se jouer à une échelle plus large que celle du bâtiment individuel. « Il serait parfois plus efficace de gérer plusieurs immeubles identiques ou proches avec une approche globale », estime Christophe Jeandupeux. Mutualiser certaines interventions permettrait de réduire les coûts et d’optimiser les solutions énergétiques.

Cette vision ouvre la voie à une planification à l’échelle des quartiers. Dans les zones urbaines, elle peut aussi contribuer à améliorer le cadre de vie, notamment en luttant contre les îlots de chaleur grâce à davantage de surfaces végétalisées. Pour soutenir ces démarches, Romande Energie développe notamment des outils cartographiques permettant d’identifier les opportunités de rénovation à grande échelle, comme par exemple à Bulle, où un projet de rénovation et d'assainissement énergétique de neuf bâtiments a été mené par ID GO.

Redonner toute sa valeur au « bâtiment durable »

Si la réduction des émissions de CO₂ reste un objectif central, la transition du secteur immobilier ne se limite pas à la seule dimension énergétique. « On parle beaucoup de CO₂ aujourd’hui, mais la transformation du bâti devrait aussi intégrer davantage les dimensions sociales, écologiques et de biodiversité », souligne Christophe Jeandupeux.

La rénovation énergétique peut ainsi contribuer à améliorer le confort, la qualité de vie et l’attractivité des quartiers. Autant d’éléments qui participent à la valeur durable des bâtiments. À mesure que la transition énergétique s’accélère, l’immobilier apparaît plus que jamais comme l’un des piliers d’une Suisse romande plus sobre, plus résiliente et plus durable. Une transformation de fond, où chaque bâtiment rénové devient une pièce essentielle du puzzle énergétique de demain.


En tant que source d'information, le blog de Romande Energie offre une diversité d'opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l'entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

Thomas Pfefferlé
Rédigé par Thomas Pfefferlé · Journaliste innovation indépendant

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