Pour une entreprise, l’électricité ne représente pas qu’un poste de dépense, mais la possibilité d’agir pour maîtriser ses coûts et adapter ses contrats à ses besoins. Depuis 2009, celles qui consomment plus de 100’000 kWh par an et par site, ce qui correspond à une facture annuelle d'électricité supérieure à CHF 25'000.-, peuvent quitter le marché régulé pour négocier leurs conditions sur le marché libre. Si ce dernier peut être intéressant, il n’est pas automatiquement plus avantageux que le marché régulé. Quels sont les risques ? Quelles démarches prévoir ? Et comment savoir si c’est le bon moment pour votre entreprise de franchir le pas ?
Le marché libre pour mon entreprise : de quoi faut-il tenir compte ?
L'essentiel en 3 points :
Marché régulé ou marché libre : ce que ça change pour vous
Sur le marché régulé, votre tarif est fixé une fois par an par votre gestionnaire de réseau local et offre une certaine stabilité. À l’inverse, le marché libre vous donne la possibilité de choisir votre fournisseur et de négocier vos conditions. Les prix y sont influencés par les marchés de gros européens et peuvent varier selon votre consommation, la durée du contrat et l’offre d’énergie proposée. Cette liberté s’accompagne néanmoins d’une règle importante : une fois la transition effectuée, vous ne pouvez en principe pas revenir au régulé. Passer au marché libre est une décision à long terme, qui doit correspondre à votre profil et à vos besoins :
" Nous conseillons à une entreprise de passer au marché libre lorsque sa consommation est stable, qu’elle connaît sa tolérance au risque et qu’elle a défini ses objectifs en matière de coûts et d’énergie. Le moment où le contrat est signé reste déterminant, car les prix évoluent rapidement. "

Bryan Grangier, Product Manager Entreprises, Romande Energie
Pourquoi envisager le marché libre ?
La première motivation pour passer au marché libre est souvent financière. En période de prix bas, il peut offrir des économies significatives. Mais ce n’est pas toujours garanti : certaines années, le tarif régulé peut se révéler plus sûr qu’une offre négociée au mauvais moment. L’enjeu n’est donc pas seulement de payer moins cher, mais de sécuriser vos coûts en choisissant la formule qui correspond à votre profil.
Au-delà de la question du prix, le marché libre offre d’autres avantages : la possibilité de choisir votre fournisseur, d’adapter la durée du contrat (1 à 4 ans) et d’intégrer de l’électricité renouvelable si vous le souhaitez. Concrètement, cela passe par l’achat de garanties d’origine (GO), qui certifient la provenance de l’électricité (par exemple hydraulique suisse, hydraulique européen, etc.). Cette démarche peut également constituer un levier intéressant en matière de communication, en valorisant votre engagement durable auprès de vos clients et partenaires.
En contrepartie, cette liberté implique une exposition à la volatilité des prix. Pour limiter ce risque, deux solutions courantes sont proposées par la plupart des fournisseurs :
- Un contrat à prix fixe : les prix sont fixés pendant toute la durée du contrat (souvent 1 à 4 ans), ce qui garantit une stabilité budgétaire.
- Un contrat partiellement indexé : une partie du prix est fixe, l’autre suit l’évolution du marché. Cela permet de bénéficier des baisses éventuelles tout en limitant les hausses.
Ces deux modèles nécessitent un suivi des prix ils s’accompagnent donc généralement d’outils de suivi (rapports réguliers, alertes automatisées ou tableaux de bord) pour vous aider à identifier les périodes favorables pour renouveler ou ajuster votre contrat, sans besoin de mobiliser de ressources internes.
Selon Bryan Grangier, Product Manager chez Romande Energie, « l’option de contrat choisie va dépendre de l’équilibre qui correspondra au profil de l’entreprise. Une entreprise avec une consommation stable et un besoin de prévisibilité optera souvent pour un prix fixe. À l’inverse, celles qui peuvent absorber des variations préfèrent garder une part liée au marché. Notre rôle est d’analyser ces paramètres et de proposer la solution la plus adaptée. »
Comment la boulangerie-pâtisserie Jacot & Isabel a optimisé son contrat et réduit ses coûts
Prenons le cas de la boulangerie-pâtisserie Jacot & Isabel à Lonay, qui consomme environ 150’000 kWh par an. Après une analyse énergétique pour identifier les premiers leviers d’économies, cette PME a envisagé de revoir ses contrats d’approvisionnement en 2021–2022, mais le contexte de risque de pénurie rendait les prix de marché peu attractifs.
En 2025, dans un marché stabilisé, Romande Energie a proposé une stratégie d’achat dimensionnée à leur profil de consommation. Résultat : dès 2026, Jacot & Isabel bénéficie d’un contrat optimisé, avec environ 30 % d’économies annuelles et une gestion des risques renforcée.
« Nous voulions réduire nos dépenses sans prendre de risques inutiles. Le contrat proposé répond à ces attentes et nous permet de sécuriser nos coûts sur plusieurs années. »
Damien Isabel, co-Directeur, Jacot & Isabel
Quels sont les critères à évaluer pour votre entreprise ?
Avant de quitter le marché régulé, il est essentiel de comprendre si votre profil correspond aux exigences du marché libre selon les critères suivants :
- La stabilité de votre consommation : plus elle est régulière, plus il est facile de négocier des conditions avantageuses. À l’inverse, si votre consommation varie fortement d’une année à l’autre, l’intérêt du marché libre diminue et la négociation devient plus complexe.
- Votre tolérance au risque : le marché libre implique des prix qui peuvent fluctuer. Certaines entreprises préfèrent la sécurité d’un tarif fixe, d’autres acceptent une part de variation pour profiter des baisses.
- Vos objectifs : cherchez-vous avant tout à réduire vos coûts, à sécuriser vos dépenses ou plutôt à intégrer une énergie renouvelable ? Avez-vous des projets à court ou moyen terme (nouvelle ligne de production, déménagement, installation photovoltaïque, solutions de stockage) qui vont modifier votre profil de consommation ? Ces éléments doivent être considérés dans la durée et le type de contrat choisi.
Comment passer au marché libre ?
La démarche est simple, mais elle doit être anticipée pour éviter les mauvaises surprises. Voici les principales étapes :
- Tout d’abord, vérifiez votre éligibilité (consommation >100’000 kWh/an par site).
- Préparez vos données : numéro d’installation (POD) et courbe de charge (répartition de la consommation dans le temps).
- Comparez les offres mais ne vous limitez pas au prix : regardez la durée du contrat (1, 2 ou 3 ans), le type de prix (fixe ou indexé), les clauses importantes (indexation, pénalités en cas de résiliation avant terme).
Posez-vous aussi la question de ce qui se passe si votre consommation venait à baisser (projets d’efficacité, photovoltaïque) ou augmente fortement (croissance). - Anticipez le calendrier : commencez vos démarches dès le printemps pour un changement au 1er janvier, afin d’avoir le temps de comparer et négocier avant la publication des tarifs régulés généralement en août/septembre.
- Une fois le contrat signé, le changement est administratif et prend effet environ 10 jours après signature.
Pour aller plus loin, téléchargez notre guide complet sur le marché libre.
Ce qu’il faut garder en tête
Passer au marché libre, c’est choisir de gérer activement vos coûts d’électricité. Cela implique de suivre les prix et d’anticiper vos renouvellements. Les entreprises qui s’y préparent aujourd’hui peuvent sécuriser leurs dépenses et intégrer les énergies renouvelables dans leur approvisionnement, tout en évitant les hausses imprévues. L’essentiel consiste à disposer d’une information claire, de comparer les options et de choisir un niveau de risque compatible avec la réalité de votre entreprise.
En tant que source d'information, le blog de Romande Energie offre une diversité d'opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l'entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

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