Au Forum Durabilité 2026 de la CVCI, Romande Energie, YORD et Enerdrape ont partagé un constat simple : avec la nouvelle loi vaudoise sur l’énergie, le parc immobilier résidentiel, collectif et industriel doit évoluer, mais les décisions les plus efficaces commencent rarement par des travaux. Analyse, priorisation et planification sont des étapes clés pour réduire durablement et intelligemment la consommation énergétique.
Loi vaudoise et bâtiments industriels : quelles étapes pour réduire leur consommation ?
L'essentiel en 3 points :
Entre exigences réglementaires et hausse des coûts, de nombreuses entreprises cherchent à mieux comprendre par où commencer pour rendre leurs bâtiments plus sobres et consommer intelligemment. Le Forum Durabilité 2026 de la CVCI a mis en lumière un message fort : avant d’investir, il est essentiel de comprendre ce que les bâtiments consomment réellement et pourquoi. C’est cette démarche, plutôt que des travaux isolés, qui permet d’éviter les erreurs de dimensionnement et d’obtenir des résultats durables. Autrement dit, de passer d’une rénovation opportuniste à une stratégie énergétique pilotée.
Comprendre ce que la loi vaudoise change
La nouvelle loi sur l’énergie, même en attente du vote lié au référendum, dessine déjà une trajectoire claire :
- assainir les bâtiments énergivores,
- éliminer progressivement les chauffages fossiles et purement électriques,
- améliorer le suivi des consommations grâce à des outils et bilans réguliers.
Ce cadre encourage une approche structurée. Souvent, la tentation est d'engager rapidement des travaux. Pourtant, sans données fiables, difficile de dimensionner correctement une installation.
C’est ce qu’a illustré Margaux Peltier, directrice et cofondatrice d’Enerdrape, avec un cas concret à Aigle : grâce à des performances supérieures aux prévisions mais aussi à une consommation réelle plus faible que les données initiales du projet, l'installation n'a mobilisé qu'environ 50% de sa capacité.
Ce constat ne révèle pas une erreur, mais souligne l’importance d’outils de suivi et d’analyse en amont, tels que ceux développés par des acteurs spécialisés, pour ajuster au plus près les besoins énergétiques réels. Dans le cas d’Aigle, la modularité du système Enerdrape a permis de valoriser cette capacité disponible en la connectant à un autre bâtiment.
Une illustration concrète de ce que permet une approche basée sur la consommation intelligente : dimensionner finement, installer la juste quantité, et exploiter pleinement le potentiel renouvelable disponible.

« Avec des données fiables en amont, on peut dimensionner plus finement les installations et installer la juste capacité, au plus près des besoins réels. » — Margaux Peltier
Le chauffage : un levier d’économies immédiat
Premier poste de consommation dans la plupart des bâtiments d’entreprise, le chauffage offre un fort potentiel d’optimisation. Selon Sébastien Bron, directeur et cofondateur de YORD, beaucoup de bâtiments chauffent encore trop à certains moments et pas assez à d'autres.

« Lorsqu’on ajuste le chauffage à la réalité de l’usage, on réduit immédiatement la consommation tout en stabilisant le confort. » — Sébastien Bron
Plusieurs PME accompagnées l’hiver dernier ont ainsi réalisé plus de 20 % d’économies de chaleur. Ces optimisations permettent aussi de préparer une future transition (pompe à chaleur, réseau de chauffage à distance) en évitant les surdimensionnements coûteux.
Gérer plusieurs sites : passer de l’information à l’orchestration
Pour une entreprise multisites, l’enjeu dépasse la technique. Il s’agit de savoir :
- comment prioriser les rénovations,
- comment optimiser le pilotage des travaux,
- comment optimiser les investissements
Une vue consolidée permet d’identifier les sites prioritaires, de croiser usages, état des installations et potentiel d’économie, puis de planifier les interventions là où leur impact sera le plus fort.

« Les rénovations énergétiques échouent rarement à cause de la technique. Elles échouent à cause d’un manque d’alignement entre la stratégie, le financement et l’exécution. » — John Epars, directeur de Romande Energie Services
Sécuriser l’investissement : quel modèle financier choisir ?
Pour sécuriser votre investissement, pensez à :
- Consolider les données : rassembler 24 à 36 mois de consommations et analyser les variations.
- Comprendre l’usage réel : horaires d’occupation et retours terrains.
- Évaluer l’état technique : chauffage, réglages, ventilation.
- Prioriser en multisites : comparer, coordonner, optimiser.
- Examiner les modèles financiers : investissement direct, loyer énergétique, paiement au kWh, contrat de performance énergétique (CPE).
Une fois les besoins clarifiés, se pose la question du financement. Plusieurs modèles permettent de réduire l’effort initial tout en sécurisant la performance :
- Investissement direct
L’entreprise finance l’ensemble du projet, garde la maîtrise complète, mais porte l’intégralité du risque technique. - Loyer énergétique
L’installation est financée par un tiers ; l’entreprise paie un loyer fixe lié à l’infrastructure. - Paiement au kWh utile
L’entreprise ne paie que l’énergie utile fournie. Le tiers assure la performance. - Contracting thermique / contrat de performance énergétique (CPE)
Le tiers-investisseur finance, exploite et garantit la performance énergétique.
Si la performance n’est pas atteinte, l’entreprise n’en subit pas les conséquences financières.
L’exemple de la patinoire de Morges, présenté lors du panel, illustre bien ce modèle : Romande Energie Services conçoit et réalise les rénovations tout en proposant le financement de la nouvelle installation, tandis que la Commune bénéficie d’une garantie de performance sur 30 ans.
Par où commencer ? Les 5 étapes clés d’une démarche efficace
- Consolider les données
Rassembler 24 à 36 mois de consommations (électricité, chaleur, eau chaude sanitaire).
Objectif : identifier les tendances, les anomalies et les variations saisonnières. - Comprendre l’usage réel des locaux
Horaires d’occupation, zones sensibles, retours des équipes, spécificités de production. - Évaluer l’état technique des bâtiments
Âge et état du chauffage, programmation, ventilation, régulation automatisée. - Prioriser en cas de multisites
Comparer les sites les plus énergivores, coordonner les travaux, repérer les gains rapides. - Examiner les modèles financiers disponibles
Investissement direct, loyer énergétique, paiement au kWh, CPE : choisir selon la capacité d’investissement et le niveau de risque souhaité.
Conclusion
Réduire la consommation des bâtiments d’entreprise et du parc immobilier, ne repose pas uniquement sur la technologie, mais sur une démarche structurée. La loi vaudoise pose un cap, mais ce sont les données, la compréhension des usages, la priorisation, un dimensionnement au plus proche des besoins réels et un financement bien choisi qui garantissent des résultats concrets. Avec une vision claire et progressive, chaque entreprise peut avancer vers une consommation plus intelligente, adaptée à ses bâtiments comme à ses enjeux.
En tant que source d'information, le blog de Romande Energie offre une diversité d'opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l'entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

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